ChrysaLabs : une jeune pousse en sol fertile

ChrysaLabs

Retrouvez l’histoire derrière quelques entreprises issues de la communauté de Propolys et Polytechnique Montréal.

Portraits

d'entrepreneurs

Tout commence à l’été 2017, à Polytechnique Montréal, alors que Benjamin De Leener et Gabriel Mangeat, tous deux doctorants en génie biomédical, décident de remettre en marche un petit robot-jardin installé à la bibliothèque Louise-Lalonde-Lamarre. Jacques Michiels, diplômé d’une maîtrise recherche en génie électrique, se joint à eux pour améliorer le prototype. Ensemble, ils entrevoient un potentiel bien plus grand que le robot lui-même : mesurer les propriétés du sol directement sur le terrain.

Quelques mois plus tard, ils accueillent Samuel Fournier, titulaire d’un MBA de l’Université Laval. Ce quatrième cofondateur contribue à structurer le projet d’affaires, en mettant à profit son expérience en valorisation de la recherche.

C’est ainsi qu’ils lancent ChrysaLabs, une entreprise où l’ingénierie devient un outil de transition vers une agriculture plus durable.

 « Si l’agriculteur a accès à plus de données, il peut prendre des décisions plus éclairées.
On cherche à lui offrir des outils pour produire plus, à moindre coût, sans nuire à l’environnement. »

–  Benjamin De Leener, cofondateur de ChrysaLabs et professeur agrégé à Polytechnique Montréal

Crédit photo : Vincent Wilson

Une technologie au service des pratiques durables

Basée sur la spectroscopie et l’intelligence artificielle, la sonde développée par ChrysaLabs automatise le diagnostic de la fertilité des sols. En quelques secondes, elle fournit des données précises sur leur composition — nutriments, matières organiques, propriétés physico-chimiques — comparables à celles obtenues en laboratoire. Pour les agriculteurs et agricultrices, c’est un gain de temps et d’efficacité dans l’usage des fertilisants, qui se traduit par moins de gaspillage, des rendements améliorés et des sols en meilleure santé.

Depuis peu, la sonde permet aussi de mesurer la quantité de carbone stockée dans les sols, une donnée clé pour évaluer l’impact environnemental des pratiques agricoles. Pour ChrysaLabs, cette avancée pave la voie à un nouveau marché, la quantification carbone, qui pourrait s’ouvrir à des partenariats avec les grands acteurs de l’agriculture durable.

Car derrière cette technologie, il y a une ambition : faire de l’agriculture un levier positif dans la lutte contre les changements climatiques. En optimisant l’usage des fertilisants et en valorisant la séquestration du carbone, ChrysaLabs propose des outils concrets pour améliorer les pratiques agricoles et en réduire l’empreinte environnementale.

Un déploiement structuré, un champ à la fois

Déployer une nouvelle technologie en agriculture n’a rien d’évident. Chaque type de sol pose ses propres défis et le rythme des saisons ralentit l’adoption. L’équipe a dû faire preuve d’une rigueur scientifique constante, mais aussi de patience et de pédagogie. Dans un marché hautement concurrentiel, ChrysaLabs s’est démarquée par sa capacité à rendre une innovation complexe à la fois fiable et accessible sur le terrain.

Le développement de la sonde s’est d’abord fait en étroite collaboration avec des agronomes et des agriculteurs, à travers plusieurs saisons de tests sur le terrain. Après cette phase de codéveloppement, les ventes commerciales ont commencé à se structurer progressivement dès 2020. Aujourd’hui, ChrysaLabs compte une quarantaine d’employés et sa technologie est utilisée partout en Amérique du Nord, avec des projets pilotes en Europe et en Amérique du Sud.

système qui cultive l’entrepreneuriat

Le projet ChrysaLabs a pris forme dans l’écosystème entrepreneurial de Polytechnique Montréal, avec le soutien initial de l’ancien Centre d’entrepreneuriat Poly-UdeM. Cet incubateur conjoint entre Polytechnique Montréal et l’Université de Montréal, aujourd’hui remplacé respectivement par Propolys et Millenium Québécor, a joué un rôle décisif dans les débuts de l’entreprise.

Les premiers concours remportés à Poly-UdeM permettent de financer un stagiaire, d’utiliser des laboratoires à la fine pointe pour développer leur preuve de concept et d’obtenir des subventions publiques. L’équipe décroche entre autres la bourse Pierre-Péladeau, remise par Québecor, en remportant le deuxième prix d’une valeur de 50 000 $. Ce montant agit comme levier pour accéder à des fonds plus importants.

« Poly nous a offert bien plus que des locaux ou du financement.
On a continué à utiliser les équipements, mais surtout, on a évolué dans un environnement où l’entrepreneuriat fait vraiment partie de la culture. 
 »

Benjamin De Leener, cofondateur de ChrysaLabs et professeur agrégé à Polytechnique Montréal

Le professeur entrepreneur souligne l’importance d’évoluer dans un milieu où l’entrepreneuriat est valorisé, même au sein de la recherche scientifique. ChrysaLabs a pu passer du prototype à l’entreprise en grande partie grâce à cette culture d’ouverture, qui lui a permis de rester connecté à l’université tout en bâtissant un projet ambitieux. 

Entreprendre et transmettre

S’il demeure étroitement lié à ChrysaLabs comme directeur scientifique, Benjamin De Leener consacre désormais l’essentiel de son temps à la recherche et à l’enseignement. Professeur agrégé à Polytechnique Montréal et entrepreneur en résidence à Propolys, il accompagne d’autres jeunes pousses à passer du laboratoire au monde des affaires. Ce double rôle lui permet de transmettre son expérience acquise sur le terrain, tout en poursuivant sa passion pour la science.